Bonjour Diam's. Pour commencer, pourrais-tu nous expliquer en quelques mots quelle est l'origine de ton pseudo ?
J'ai 14 ans, je suis dans ma chambre et je veux devenir rappeuse, c'est mon plus grand rêve. Je m'appelle Mélanie mais je trouve que ce n'est pas assez hardcore donc je cherche un pseudo. Je tombe sur la définition du mot diamant et j'apprends qu'un diamant ne peut être brisé que par un autre diamant et qu'un diamant n'est fait que d'éléments naturels. Je trouvais que ce concept me définissait bien et c'est comme ça que Diam's est née tout simplement.
Quelle est ta définition du mot hip hop ?
A la base, c'est une culture, un mouvement, un art où il y plusieurs disciplines : le rap, la danse, le DJing et le graph. Aujourd'hui, le rap a pris une telle ampleur que quand on parle de mouvement Hip-Hop, on oublie pas mal de choses derrière. C'est vrai que moi je suis fière quand je fais appel à des grapheurs sur mes pochettes, très fière d'avoir un DJ sur scène et aussi très fière d'avoir des breakeuses dans mon clip parce que finalement, c'est ma culture alors que quand je vais à l'Opéra, je ne comprends pas trop. Le Hip-Hop, c'est ma culture, j'ai grandi avec ça. Je suis née en 1980 donc on pourra me reprocher de ne pas connaître Afrika Bambaataa et de ne pas être au courant de tout ce qui s'est fait mais tout ce que je sais, c'est que j'aime le Rap sincèrement et que je n'écoute quasiment que du Rap français aujourd'hui. Les danses qui me touchent sont le break et le smurf donc le Hip-Hop est en moi tout simplement.
Comment es-tu tombée dans le Hip-Hop ?
Quels ont été tes premiers coups de foudre musicaux ?
NTM et Dr Dre ! Un jour, lorsque j'étais petite, j'ai demandé à ma mère de m'apporter un CD de Rap et elle m'a ramené Dr Dre. J'avais aussi Rapatitude chez moi. D'ailleurs, je ne sais même plus comment il a atterri chez moi mais c'est à ce moment que j'ai commencé à écouter le morceau Je rappe de NTM. Après, je me suis un peu plus penchée sur leur carrière et j'ai découvert Authentik. A partir de là, NTM est devenu mon modèle, mon exemple, le meilleur groupe sur scène, les plus fous, les plus dérangeants, les plus grandes gueules... Ils s'appelaient "Nique ta Mère", ne l'oublions pas. Aujourd'hui, il n'y a pas un groupe qui peut arriver, qui va s'appeler "Nique ta Mère" et qui va être plébiscité et applaudi. Donc rien que pour tout ça et peu importe le destin de ce groupe et ce qu'il va devenir, j'applaudirai toujours la carrière et je respecterai à jamais ce groupe. Big up au rap français !
Et au niveau du Rap américain, est-ce qu'il y a des artistes que tu apprécies ?
En premier, moi je citerai Eminem. Je suis aussi une grande admiratrice de Kanye West : son dernier album m'a retourné le cerveau. Comme je suis nostalgique, j'écoute aussi tout le temps Biggie et 2Pac. Ce sont des personnes que je ne cesserai jamais d'écouter mais aujourd'hui, c'est vrai que je me suis un peu adoucie et que j'aime bien des personnes comme Alicia Keys ou Lauryn Hill. Ce sont des nanas que je respecte énormément et que je trouve exceptionnelles. Donc, bien sûr que je kiffe le Rap américain mais je me suis un peu lassée parce que ça tourne un peu en rond. C'est aussi peut-être parce que je ne comprends pas toutes les paroles. Comme je suis poète dans l'âme, je suis beaucoup plus touchée par le rap français. Mais , quand je vais en boîte, c'est pas sur du rap français que je danse !
Parmi les invités de ton nouvel album, il y a Jacky des Neg' Marrons, Amel Bent et également China.
Peux-tu nous expliquer tes choix et comment s'est passée ta rencontre avec ces différents artistes ?
Il y a un seul vrai duo, c'est le morceau Confessions nocturnes avec Vitaa. Jacky vient juste faire un clin d'½il à la fin d'un morceau. Et pour toutes les autres personnes présentes sur l'album, ça s'est fait au feeling. Ce sont des gens que je fréquente régulièrement. Il y a un moment, j'ai besoin de ch½urs donc j'appelle Amel à minuit. Je lui dis que je suis en train de faire un morceau qui s'appelle Dans ma bulle et que j'aimerais bien qu'elle vienne faire des ch½urs dans le refrain. Un autre jour, je fais un morceau comme Big up et je me dis que j'aimerais bien une chorale gospel mais finalement, je me demande pourquoi appeler une chorale alors que je ne connais personne qui en fait partie. Je me dis que je devrais plutôt appeler mes copines car elles chantent toutes super bien. Dans le refrain de Big up, il y a donc Amel, Vitaa, China et Melissa et ça fait trop bien !
Est-ce qu'il y a un artiste ou un producteur de la scène hip hop française ou internationale avec qui tu aimerais collaborer mais avec lequel tu n'as pas encore eu la chance de travailler ?
Vitaa, c'est pas pour rien qu'elle est en featuring sur mon album. C'est vraiment mon gros gros coup de coeur artistique. En fait, je suis fascinée par cette fille. Je suis admirative parce qu'elle est dans son truc. Il n'y a personne qui lui ressemble : elle a un grain de voix à elle et un univers à elle. En plus, elle écrit ce qui est très rare pour une chanteuse aujourd'hui. Voilà, maintenant, ce n'est pas sûr qu'un jour je travaillerai sur du long terme avec elle mais si mon album peut être un tremplin pour elle alors c'est tant mieux parce que j'aime trop cette fille.
Et au niveau de la scène internationale, est-ce que tu penses à des artistes avec lesquels tu aimerais travailler ?
Je trouve toujours que le mélange des genres n'est pas toujours bon. Je suis une grande fan d'Otis Redding mais je ne suis pas sûre qu'un duo Otis Redding/Diam's aurait été exceptionnel. Je pense qu'Otis se suffit tout seul. Sinon, il y a Souad Massi. J'aime trop ce qu'elle fait et si un jour j'avais la chance de travailler avec elle, je serais trop fière et je serais trop ravie. J'aime bien aussi certaines personnes de la chanson française parce qu'il y a du texte mais je ne suis pas sûre qu'un duo ensemble serait bien.
Dans le morceau Ma France à moi, tu opposes ceux qui fêtent le Beaujolais à ta France à toi. Peux-tu nous expliquer ton analyse ?
Je ne suis pas d'accord avec le mot opposition. Je trace un parallèle entre deux France qui vivent ensemble et qui ne se ressemblent pas. Il n'y a pas d'opposition mais je pense qu'il y a une réelle incompréhension parce que les gens que je fréquente ou ceux avec qui je parle dans la rue, ont des valeurs qui sont différentes des valeurs de plein de gens que j'ai pu voir ailleurs en France. Comme on vit tous ensemble, je me suis aperçue que ce morceau était un moyen de dresser un super portrait de ma France à moi parce qu'elle est belle ma France à moi. Elle a des couilles et elle n'est pas du tout ce qu'on dit d'elle. Elle est un peu paumée par moments parce qu'on lui a donné des ailes mais que le ciel est V.I.P . Alors, si t'es une nana, charme le videur et si t'es un mec, essaye d'avoir un petit peu de tunes dans tes poches. C'est un peu ça en fait et puis derrière, le côté France profonde, c'est vraiment un truc qui me gêne parce que j'ai l'impression que ce sont ces gens-là qui nous pointent du doigt. Putain, il arrive un moment où on ne donne pas la médaille aux bonnes personnes. C'est vraiment un truc que je vois et que je ressens. Moi, j'ai un père qui ne parle pas français, qui m'a lâchée et qui vit dans son pays (Chypre) justement parce qu'il ne s'est pas senti bien accueilli en France et qu'il a préféré être prince chez lui plutôt qu'essayer de le devenir ici alors qu'il y a plein de parents qui ont essayé de le devenir et qui ont un putain de mérite. C'est aussi un hommage à ces gens-là que je rends dans Ma France à moi. Et je comprends qu'il y ait plein de parents qui ne comprennent pas pourquoi on fête le Beaujolais. C'est une fête purement française quand même. J'attaque pas les gens qui boivent du vin : c'est une image, faut pas l'oublier. C'est comme Julie Lescaut : c'est pas elle, je m'en fout de Véronique Genest mais c'est tout ce que ça représente, le héros parfait. Je ne me retrouve pas là-dedans et je n'ai pas l'impression que les gens autour de moi se retrouvent là-dedans. On se retrouve plus dans ce que je décris.